Je suis allé voir Steak hier soir et plutôt que de vous en parler, je vais mettre ici une interview du réalisateur, le français Quentin Dupieux, créateur d'une sympathique marionnette, Flat Eric, qui fumait des saucisses en dancant sur de la techno.
Le film n'a rien à voir avec cette marionnette ni avec grand chose, d'ailleurs.

Place à l'interview:

Je viens de voir STEAK. La première question que j'ai envie de te poser est la suivante : pourquoi avoir écrit le scénario de STEAK tout seul ? Tu ne crois pas qu'un scénariste professionnel aurait pu t'aider à rendre ce film plus percutant ?
Q. DUPIEUX - Non. Je voulais travailler sur une structure simple pour que le tournage soit ludique et souple. Et puis je connais déjà les règles d'un bon scénario. Par exemple, le personnage principal ne peut pas être un morceau de pain, sinon le public risque de s'ennuyer. On ne peut pas non plus montrer une scène du passé avant une scène du présent, sinon le public risque d'être perdu. Cela s'appelle un flashback.

Pourquoi y a-t-il si peu de femmes dans STEAK ?
STEAK est une histoire de mecs. De clan. Je voulais me moquer un peu de tous ces hommes modernes totalement obsédés par leur apparence, ces dégénérés qui se font faire des soins de peaux, des liftings et qui se bichonnent comme des caniches. Je les trouve touchants et ridicules.

La scène où Georges découvre son nouveau visage est saisissante. La ressemblance avec Michael Jackson était-elle voulue ?
Plus ou moins. Depuis la naissance du projet, je pensais beaucoup à lui puisqu'il incarne complètement la folie du lifting. Lorsque j'ai demandé à l'équipe maquillage de transformer Ramzy en Michael, ils en ont fait un grand brûlé transsexuel. Comme c'était trop dérangeant, nous avons décidé d'oublier Jackson un moment. C'est après plusieurs essais que nous sommes tombés sur un résultat satisfaisant, sans voir immédiatement la ressemblance avec Michael, période «Thriller».
Oui, on pense également à «Thriller» quand Georges marche dans la brume avec son blouson CHIVERS déchiré. D'où vient ce nom CHIVERS ?
C'est simplement une référence à un film de David Cronenberg, SHIVERS. J'aime beaucoup ses premiers films, ils sont plein d'énergie et d'idées maladroites. Un peu comme STEAK.
(le titre du film "shivers - parasites murders" a été traduit par "frissons" dans sa version française)
D'autres références ?
Bertrand Blier, Luis Buñuel, Blake Edwards, John Landis... Kubrick bien sûr... mais pour d'autres raisons.

C'est très classique tout ça ! Un ami qui a vu ton film pense que c'est un croisement entre ORANGE MECANIQUE et BRICE DE NICE. Qu'en penses-tu ?
C'est plutôt flatteur. Un chef d'œuvre scandaleux croisé avec une débilité profonde. J'aimerais que tout le monde le perçoive comme ça ! Mais en même temps, j'aimerais assez que STEAK soit juste STEAK. Un film unique qui n'évoque rien d'autre que lui.
Tiens, d'ailleurs, pourquoi STEAK ?
J'en ai marre de répondre à ça. Je voulais que l'histoire s'inscrive dans un contexte universel, pour rendre le propos du film plus large. Il ne s'agit pas d'une bande de mecs à Limoges, ni d'une bande de mecs à Las Vegas. C'est une bande de mecs partout. Je ne pouvais donc pas appeler ce film Les CHIVERS à Saint-Tropez.

Je ne vois toujours pas le rapport avec STEAK.
Le mot «steak» est partout sur la planète. Il évoque évidemment la viande, mais au-delà de ça, il n'évoque plus rien. Le mot est usé. On peut lui donner le sens qu'on souhaite. Ici ça veut dire «titre de film».

Je trouve ça tiré par les cheveux, mais passons. Quel âge as-tu ?
Je viens d'avoir 33 ans. Mais je pense que les gens s'en foutent.

Décris-toi en quelques lignes...
Sauvage, généreux, intelligent, écœurant.

Le mot de la fin ?
Bottine !


Pour vous donner une petite idée, la bande-annonce: