Bon, le fil de la série "musique et publicité" est tout décousu mais voilà, il y a des priorités: l'actualité brûlante des surgelés !
Vous souvenez-vous de Monsieur Marie, alias l'acteur Jean-Claude Dreyfus?
Et bien il est mort !
Ha ha ha, non, je plaisante, quoique. Ça fait maintenant 7 ans qu'il n'apparaît plus dans les spots de la marque, et ce après pas moins de 15 ans de bons et loyaux services.
Les premiers spots, que je vous mets ici, étaient réalisés par Patrice Leconte (Les Bronzés, Viens chez moi, j'habite chez une copine, Ridicule...).

Il est assez frappant de voir l'évolution de la communication, la mise en scène du consommateur n'a plus rien à voir... Bon, 20 ans après, bien sûr, c'est un p'tit peu normal me direz vous. Et puis il y avait déjà du changement entre le spot de 86 et celui de 89 ou M. Marie se faisait déjà maltraiter...
Regardez maintenant le spot qui vient de sortir. Monsieur Marie a disparu, sans doute pour toujours, mais il est remplacé par des personnages dessinés par Penelope Bagieu, alias Penelope Jolicoeur.
Le ton est moderne, même si bon, c'est encore la bonne femme qui s'occupe de la bouffe...
Enfin de toutes façons, dans la pub, quand c'est le mec qui s'empare des manches de poële, pour faire des gnogno, des gnokis, il a toujours l'air un peu concon, donc soit, passons.
Et maintenant, ô surprise, une sorte d'interview avec des questions de moi et des réponses de la dessinatrice en chef de cette campagne.
Si ça c'est pas la classe, ça y ressemble au moins de loin, et c'est déjà pas si mal.
Mais chut chut, je me tais, place à l'interview, j'ai mis des couleurs, comme ça vous pouvez faire les voix dans votre tête, vert, voix de garçon (c'est moi), rose pour la fille.

Pour commencer, une question bien vague et générale: que penses-tu de la publicité ?
- Ce que je pense de la pub : Je n'en pense rien de spécial, j'ai la chance de ne pas avoir la télé et d'écouter des radios sur lesquelles on en passe pas.
C'est un métier comme un autre, et parfois on arrive à sortir un peu de la réclame et faire des choses qui valent le coup d'oeil, mais globalement, on vend de la soupe et puis c'est tout. Il faut être lucide.
En plus, quand tu bosses dedans, tu as un peu le syndrome "99 francs", tu ne vois plus que les "ficelles" quand tu regardes une pub (le stylisme de la maman qui ne doit faire un peu mode mais pas trop parisienne, les enfants qui ne doivent pas jouer trop près des prises électriques parce que c'est anxiogène, les fruits retouchés pour avoir l'air plus brillants, etc)


En tant qu'illustratrice, as-tu toujours envisagé la publicité comme faisant partie intégrante de ton métier ?
- Non seulement intégrante mais majoritaire. Je n'ai jamais envisagé ce métier autrement.
Illustrateur qui ne fait pas de pub, c'est sûrement bien aussi, mais pour payer un loyer, par exemple, c'est moins rigolo.
Ça permet de pouvoir faire à côté des projets qui peuvent ne pas marcher du tout sans se mettre la pression ni avoir l'oeil rivé sur les ventes (des livres pour se faire plaisir, des courts-métrages à la con, etc...)
Du coup, tu fais la part des choses : l'illustration, c'est le boulot, et le reste, c'est vraiment pour se marrer, et pas dans l'espoir secret que ça cartonne.


Tu as déjà collaboré à une demi-douzaine de campagnes, qu'est-ce qui t'as amené dans ce milieu ?
- Eh bien j'ai pris le problème dans le sens normal : Je veux vivre de mes dessins, du coup je m'adresse aux gens qui ont envie de me payer pour dessiner, c'est-à-dire les agences de pub.
Ils font une compèt, ils proposent plusieurs illustrateurs au client, parfois tu fais même une maquette très proche de ce que ça va rendre au final, et puis le client tranche, te choisit (ou pas) et puis on bosse ensemble.
Quand c'est fini, on se dit au revoir, merci et bravo, et puis pouf, c'est fini. J'aime bien.


Comment se déroule ton travail ? Comment te retrouves-tu sur une campagne plutôt qu'une autre ? Quelles sont tes marges de manœuvre ?
- Ça peut se faire de deux manières : Soit l'agence a déjà mon travail en tête pour la campagne quand ils la pensent (ça a été le cas pour Marie, par exemple), soit ils ont un style à l'esprit, et ils s'adressent aux différents agents d'illustrateur, en leur demandant de proposer des candidats au poste.
Après, si mon agent trouve que ça collerait bien avec moi, elle leur propose des images de mon boulot pour leur donner une idée de ce que ça pourrait donner. C'est donc une compèt.
Si ça marche, et que c'est moi qui suis choisie pour la campagne (et que donc je pousse un gros youpiiiiiiii !), on commence à faire la liste de ce que ça va représenter comme boulot (nombre d'images, supports etc...) suite à quoi on présente un devis.
Là-dessus, on se bat comme des marchands de tapis puisque personne ne veut lâcher un radis, mais on finit toujours par s'entendre. (Les droits tiennent compte de plusieurs trucs : la durée de cession des droits, l'étendue géographique (France, Europe, etc) et les supports (affichage, web, télé...) ). Pendant ce temps, le temps que tout le monde se mette d'accord, on a déjà commencé à bosser évidemment.
Alors ça commence par un brief, complété par plein d'images, d'axes sur lesquels les directeurs artistiques sont partis, etc.
Après on fait un, puis dix puis mille versions de l'image, jusqu'à ce que l'agence soit OK. Ça veut dire des dizaines d'aller-retours par mail avec les DA, jusqu'à ce qu'ils valident.
En général, ils ont fait appel à toi parce qu'ils veulent ton style, donc tu fais ton truc à ta sauce, et puis souvent c'est OK pour eux.
Leurs modifs, c'est des trucs assez censés, genre "son expression est peut-être pas assez visible" ou "elle a un style vestimentaire qui ne correspond pas à son âge". Ça va, c'est très supportable.

Mais après, c'est le client qui doit donner son feu vert. Et là, c'est souvent le grand n'importe quoi, les remarques c'est plus du style "mais elle est blonde, là, non ? Les blondes ça fait conne !" ou encore "nous on aime bien le orange, ils pourraient être tous habillés en orange ?", ou même plus simplement "c'est moche".
C'est parfois assez frustrant, mais c'est eux qui décident, même si les DA essaient toujours de leur faire passer la pilule, ils font tampon entre l'illustrateur et le client. mais la plupart du temps, c'est l'agence de pub qui leur a suggéré de faire une pub illustrée, et eux ils auraient préféré une bonne vieille photo de leur paquet de lessive en gros plan, une grosse typo fluo bien moche et puis basta.
C'est un peu la rencontre de deux mondes. Parfois, les aller-retours client peuvent durer 3 jours, tout le monde est content et c'est super. Parfois ça dure des mois et c'est un cauchemar.
Voilà, un peu comme dans tous les boulots, il y a des fois avec et des fois sans !


Pour la nouvelle campagne des plats cuisinés Marie, tes personnages sont animés dans des décors réels. As-tu participé à l'animation ? Es-tu satisfaite du résultat ?
- Pour Marie, j'ai vraiment suivi le projet du début à la fin. J'ai fait le character design, c'est-à-dire imaginer et dessiner tous les personnages de face, de profil et compagnie, leurs différents expressions de visage, tout ça.
J'étais très libre, c'était chouette. Et puis après, l'agence m'a conviée à toutes les étapes : le casting voix, les réunions de prod, les animateurs qui transcrivaient la gestuelle en animation etc.
Au moment de la modélisation 3D des personnages, j'ai pinaillé comme une grosse relou sur tout ce qui ne ressemblait pas à mes dessins d'origine : les yeux pas assez grands, les oreilles, le vernis rouge, la façon de bouger des cheveux, les jambes pas trop maigres, le haussement d'épaules que j'aurais vu moins désespéré, tout ça.
Et du coup quand j'ai visualisé les essais dans les studios, je ne me sentais pas trahie, j'étais vraiment contente du résultat.
Au final, la pub dure trente secondes, c'est dingue, parce qu'on l'a regardé douze mille fois au ralenti, plan par plan, que chaque élément du décor en arrière plan a été revu quinze fois, chaque fruit dans la corbeille dans la cuisine...
C'est la magie de la pub ! Donc oui, je suis très contente du résultat, et puis des autres spots à venir aussi.

Est-ce une fierté pour toi de voir tes dessins en 4 par 3 partout dans ta ville, cela t'incite-t-il à recommencer ?
- Ça me rend moins hystérique qu'au début, quand je voyais mes tout premiers trucs sur des affiches ou dans des librairies, mais je suis quand même toujours très tentée de me prendre en photo devant en train de faire le V de la victoire.
Mais bon, c'est pas comme si j'étais un comédien qui voit en 4 par 3 les affiches des films dans lesquels il joue non plus. Ce sont des dessins que je fais pour mon boulot, c'est juste mon travail. Je suis beaucoup plus fière de sortir un livre par exemple !