Un geste dadaïste qui coûte cher. Pour avoir dégradé l'emblématique urinoir de Marcel Duchamp début janvier, Pierre Pinoncelli a écopé mardi de trois mois de prison avec sursis et devra verser 214.000 euros au Centre Pompidou, propriétaire de l'oeuvre.
Pierre Pinoncelli était jugé mardi matin pour "dégradation d'un bien d'autrui" pour s'en être pris le 4 janvier, à coups de marteau à cette pièce, baptisée "La Fontaine", présentée à l'occasion de l'exposition "Dada" au Centre-Pompidou. Il avait signé "Dada" sur l'oeuvre.
Le parquet avait requis trois mois d'emprisonnement avec sursis et mise à l'épreuve contre cet "artiste qu'on peut appeler le délinquant".
Par cet "acte artistique", selon l'auteur, "dégradation d'un bien d'autrui", selon la justice, Pierre Pinoncelli, qui réfute le terme de "vandale", a voulu adresser un "clin d'oeil au dadaïsme".
En dégradant une oeuvre multiple, elle devenait une oeuvre originale. "Je lui ai donné une plus-value", a-t-il assuré à la presse.
En 1917, Marcel Duchamp n'avait pu exposer à New York, sous le pseudonyme de R. Mutt, cet urinoir, détourné de sa signification. "Le fait que M. Mutt ait modelé ou non 'La Fontaine' de ses mains n'a aucune importance. Il l'a choisie. Il a pris un article courant de la vie et fait disparaître sa signification utilitaire sous un nouveau titre. De ce point de vue, il lui a donné un sens nouveau", expliqua à l'époque Duchamp.
Avant l'audience, Pierre Pinoncelli, qui se réclame de l'école artistique de Nice, assurait que "Duchamp se serait marré. Je lui avais dit en 1967 que je ferais quelque chose de son vivant. Il m'avait donné sa bénédiction".

L'oeuvre appartient à la collectivité publique, payée par des deniers publics, a souligné l'avocat du Centre Pompidou, Me Marie Delion. L'urinoir est estimé à 2,8 millions d'euros. L'original de "La Fontaine" a été perdu. En 1964, Marcel Duchamp a édité huit versions de cette oeuvre.
En 1993, il avait déjà uriné sur ce "ready-made" exposé à Nîmes avant de lui porter quelques coups de marteau et d'être condamné quelques semaines plus tard.
Pierre Pinoncelli présente ses actions comme des performances artistiques. Il s'est ainsi coupé un doigt en signe de solidarité avec Ingrid Bétancourt, otage des FARC en Colombie depuis 2002.
Pierre Pinoncelli devra verser 14.350 euros de frais de réparation et 200.000 euros de dommages-intérêts au titre du préjudice matériel. Le Centre Pompidou réclamait plus de 427.000 euros, soit 15% du prix estimé de la pièce.
"Le jour où vous aurez compris que ce qui est à autrui n'est pas à vous, les choses iront mieux entre vous et la collectivité", lui a martelé le tribunal à l'issue de la condamnation.
Pierre Pinoncelli, qui trouve la "note salée", a indiqué qu'il allait faire appel.

Voilà pour les faits. Maintenant, ce que j’en pense… Effectivement, ce qui est à autrui n’est pas à soi et on a pas le droit de faire ce que l’on veut avec. Mais après, cet urinoir appartient à la collectivité publique, payé - 2,8 millions d'euros - avec les impôts de chacun. On a au moins le droit de donner son avis, tiens, pour le prix. Ça fait certainement « bâteau », mais pour moi, l’art, ça n’est pas ça. Les ready-made, pour moi, ça n’est pas de l’art. Les ready-made, c’est quoi? : tu prends quelque chose de la vie courante, tu le signes, ou non, tu dis que c’est de l’art parceque t’es un artiste, et roule ma poule. Pour moi, un artiste, c’est quelqu’un de différent des autres parce qu’il sait faire quelque chose que les autres ne savent pas faire (et que c'est de l'art, pas quelque chose d'industriel). Qu’il sache bien le faire ou non, que ce soit beau ou non, c’est un autre débat, et c’est subjectif. Mais prendre un urinoir, et dire que c’est de l’art, tout le monde peut le faire. Et qu’on me dise pas « oui, mais ça a été le premier à le faire », ça ne change rien.

Et je pense la même chose de celui qui a chié dans des boîtes de conserve pour les vendre au poid, au prix du cours de l’or. Idem pour les « accumulations » : le principe est d’accumuler plein de fois le même objet, par exemple, un gros tas de vis ou d’écrou, réunis par un artiste, ça devient une accumulation, c’est génial (ci-dessous, accumulations de cafetières, de fer à repasser, de montres, de téléphones portables et de grille-pains). Ou encore une compression, comme César. Le même boulot qu’à la casse de bagnoles, mais là, c’est César qu’est aux manettes, bravo, quel talent !

J'ai même vu une fois une pièce dans un musée où l'artiste avait renversé une poubelle. Un peu de poussière par ci, des papiers gars et des vieux journeaux par là. Bon, tu fais ça dans la rue, tu te prends une amende. T'es un artiste et tu le fais dans un musée, c'est génial, et les mêmes contribuables à qui on mettrait une amende pour avoir fait ce que tu as fait vont payer d'une pour que le musée achète ton oeuvre, de deux pour aller la voir. Si ça c'est pas génial...

Ou encore Ben… Ce mec écrit des pensées, blagues, réflexions diverses avec sa jolie écriture d’enfant. Bin hop, c’est de l’art. En plus, ça tombe bien, ça peut bien se décliner en produits dérivés… Et puis tiens, ça peut servir la publicité aussi, tant qu’y’a de la thune à se faire…

un article intéressant sur l'acquisition d'une oeuvre par la mairie de Paris...